Pourquoi nous trouvons nous toujours des excuses?

Il existe souvent un écart important entre ce que nous pensons et ce que nous faisons. C’est ce que nous appellerons à l’instar du psychologue Léon Festinger le modèle de dissonance cognitive. Comment se fait-il que nous venons de faire ce que nous savons être faux, immoral ou stupide ? Comment se fait-il que nous agissions de temps en temps à l’encontre de nos convictions. Cela se voit dans nos actes quotidiens, en management lors des relations avec les autres ou lors de prises de décisions, dans nos actes personnels dont on est ou non le récipiendaire, bref tout le temps !

Cela alimente en fait une urne très personnelle que l’on appelle « la mauvaise conscience ». Pour cacher celle-ci on invente ou tout du moins on se cache derrière des excuses, qui si elles nous étaient servies par un autre n’auraient aucune chance de nous apitoyer. C’est aussi ce mécanisme qui nous permet de nous auto-préserver et nous ménage du doute perpétuel. Du coup nous devenons beaucoup plus perméables aux arguments qui vont dans notre sens et qui renforcent notre position que capables d’étudier et peser ceux qui ne nous plaisent pas ou tout du moins qui risquent de nous faire douter. Cela peut nous entrainer à une surdité totale aux autres et particulièrement dans notre monde professionnel. Notre travail consiste souvent à prendre des décisions, petites ou grandes ce sont nos guides pour nos actions.  Bien que souvent on sache que ce ne soit pas la meilleure décision nous la prenons quand même ! Dès ce pas franchi nous élaborons toute une panoplie de justifications pour défendre notre position, si l’on n’y prend garde, nous finissons même par y croire !

Ne nous est-il jamais arrivé de constater une décision prise par un manager comme étant idiote ou du moins peu maligne, essayer de contrer celle-ci par des arguments que nous jugions plus élaborés et justes et nous faire démontrer, expliquer, que la décision incriminée était en fait le fruit d’une réflexion hautement stratégique et mûrement réfléchie ? Dans notre vie privée ne nous est-il jamais arrivé de donner une fessée (sans brutalité) à un enfant alors que nous prônons la non-violence auprès de qui veut l’entendre ? Ne fumons nous plus alors que nous savons que c’est nocif pour la santé (la sienne et celle des autre, cf. à la non-violence une fois encore) ? Le point commun de toutes ces attitudes est sans nul doute l’auto-persuasion due à nos arguments d’excuses !

Il peut être utile de reconnaitre nos dissonances cognitives, pour soi-même et lors de nos interactions avec les autres. Ce n’est pas chose facile car il faut agir soi sur notre attitude soit sur notre comportement. La façon de pouvoir aborder ce challenge peut être de nous écouter parler et de nous regarder faire puis, sans excuse aucune, de nous poser la question : Suis-je « aligné » entre ce que je dis et ce que je fais ? Sinon vous allez continuer à créer chez vous un matelas de bonne/mauvaise conscience qui créera chez les autres une incompréhension grandissante et décrédibilisera à terme vos discours, même ceux auxquels vous croyez ! C’est un des enseignements que nous mettons en avant dans l’accompagnement des dirigeants et de leurs équipes pour les aider à fixer des limites infranchissables qui démontrent les raisons connues de tous de telle ou telle décision ou qui nous permettent d’évaluer les écarts entre les promesses de valeurs et les réalités d’entreprises.

Henri Jean Tolone

Henri Jean Tolone

Fondateur