Travaillez, on s’occupe du reste!

Les mouvements « hippies » des années 60 et 70 ont révolutionné les proportionnalités de la vie au travail et de l’espace privé. C’est à partir de ces années qu’il fut possible d’oser ne pas tout sacrifier sur l’autel sacrosaint du labeur. Cette évolution fut lente, mais suffisamment profonde pour, près de 50 ans plus tard, devenir une norme admise par l’entreprise et encadrée par des législations que d’aucuns trouvent encore contraignantes.

Mais notre bon système, créateur de richesse et persuadé que celle-ci dépend encore d’un Tayloro-Fordisme manichéen, tient depuis lors à retrouver sa place de maître à penser de par les capacités qu’il offre à ses esclaves des temps modernes à acquérir les biens dont ils n’ont nul besoin, mais qui leur permettent de signifier leur place dans la société. Pourtant, les carottes gagnables par les petits Stakhanov  ont une limite de par la capacité qu’elles pourraient acquérir en créant de graves disproportions dans l’échelle pensée des salaires récompenses.

D’autres touchent les frontières de l’absurde en permettant aux récipiendaires méritants dans l’optimisation du profit généré de parcourir le monde dans des clubs remplis de leurs coreligionnaires et de fait les asservissant un peu encore. Alors, tout étant essayé et les limites dans nos pays étant atteintes, que faire pour que les employés soient encore plus productifs? Les récompenses sont devenues des dûs, les challenges étant moins attractifs, on vient de se souvenir des mouvements ayant conduit à Woodstock  et aux mouvements peace and love qui avaient l’air de plonger leurs acteurs dans une béatitude (au-delà de certaines substances illicites) qui leur permettait de travailler sans en chercher de récompense organisée et réinventait une nouvelle forme de société de partage et de valeurs véritablement humaines, pour ne pas dire humanistes.

L’intelligence des ressources humaines étant débordante de perfidies orientées résultats, un coup d’état sociétaire est en train de se produire: on s’occupe de votre bonheur! Ne voit-on pas fleurir des « Happiness Managers », des concepteurs de bonheur en entreprise? Ce mouvement né en bottom-up de gens voulant changer le mode de relation entre les acteurs de l’économie se voient spolié par l’instauration d’un système en top-down régit par des considérations purement mercantiles du bonheur décidé et imposé. Il est certain que cela est mieux que le monde décrit par Zola dans son quotidien, mais beaucoup plus pervers que celui de Huxley

Henri Jean Tolone

Henri Jean Tolone

Fondateur