Le lieu de travail, une nouvelle famille ?

Est-ce la déliquescence de la cellule familiale constatée depuis quelques décennies ?
Est-ce la précarisation ressentie de son travail au sein de l’entreprise ?
Est-ce le besoin toujours plus grand de la monétisation de son œuvre pour pouvoir accéder aux gadgets les plus futiles et inutiles ?
Est-ce le temps passé, transports compris, qui crée un lieu de référence ?
Est-ce le lien social réel que l’on peut enfin vivre loin des réseaux virtuels ?
Est-ce la reconnaissance que l’on peut obtenir pour un accomplissement, là ou chez soi on n’accomplit plus rien las de nos journées de travail ?

Je ne sais pas !

Par contre, ce que l’on constate c’est une sorte de transfert de notre raison de vivre au sein de l’entreprise. Nous en avons pour preuve une foultitude d’indices convergents !

La discussion la plus fréquente dans le couple ou entre amis est sans nulle conteste celle relative au travail.

Fini le temps ou devant l’âtre de la cheminée on pouvait débattre des saisons, de la planification des réparations à faire au printemps suite à l’hiver, et pour d’autres du dernier livre d’Untel ou Unetelle, de la polémique crée par une prise de position dans les colonnes du journal.
Non maintenant c’est plutôt la description du mauvais management fait par son chef ou un autre, la moquerie née de la réplique d’un collègue, le faux apitoiement lié au départ d’une connaissance, la stratégie de Machiavel en culotte courte que l’on veut partager pour valider la justesse du chemin à faire pour atteindre son but ultime de promotion.

L’acquisition de la dernière voiture ou de son propre logement n’est plus basé sur l’unique besoin de nos origines, à savoir construire pour mettre à l’abri les siens ou pouvoir se déplacer dans de bonnes conditions. Ces achats ne sont devenus que l’expression au monde qui nous entoure de notre réussite sociale grâce au travail.

Qui n’a pas sa Q quelque chose (curieuse lettre pour définir une voiture ! Ou alors cela définit il son propriétaire ?) n’est pas perçu comme ayant réussit dans son travail. On a même entendu dire que pour pouvoir lire l’heure à une certaine période de sa vie, il convenait de le faire en psalmodiant cinq lettres (R….X), sinon on était un raté !

Quel bonheur d’être félicité par son chef pour un rapport rendu en temps et en heure. Quelle joie profonde d’être cité par le directeur comme exemple d’abnégation au travail (on pourrait même se croire être devenu Stakhanov lui même).

Alors que chez soi, rares sont les occasions de briller, le programme de télévision nous en donne rarement l’occasion (le bon choix du film de la soirée parmi les 250 chaînes à notre disposition produit en effet parfois la reconnaissance d’une soirée moins ennuyeuse que la précédente), le bricolage est très épisodique (emménagement , réparations de fortune, changement d’ampoule) ou si ce n’est pas le cas s’apparente bien vite aux travaux d’Hercule et ne génère pas de reconnaissance ou applaudissement mais plutôt des reproches quant à la longueur des travaux, de la place prise par le chantier au milieu du salon ou le coût exorbitant des matériaux nécessaires.

Alors la réminiscence du familistère est elle en route ? On pourrait le croire vu les efforts faits par certaines entreprises pour le bien être de leurs employés, à qui de créer une crèche pour les petites têtes blondes des salariés, à qui d’offrir un service de conciergerie intégré, pour d’autres cela sera des massages sur le lieu de travail ou encore des salles de repos ou de sieste.

Doit-on en conclure que le sens du travail actuel peut devenir une sorte de recherche d’un lieu où l’on prend soin de nous ?

​Bien sur ce post est une fiction qui n’a d’autre but que celui de nous poser la question du sens que l’on donne au travail et de notre équilibre personnel.

Henri Jean Tolone

Henri Jean Tolone

Fondateur