Pourquoi ne jamais demander pourquoi ?

Quand une demande vous est faite, et que votre pouvoir vous permet d’y répondre, très souvent vous demandez à l’autre pourquoi il vous demande cela.

Ex : demande de partir un peu plus tôt ce soir, demande d’aménagement d’une plage de congés, demande de transfert d’un lieu à un autre, etc.

Que se passe t’il ?

Votre curiosité a-t-elle un sens autre que celui du voyeurisme ou du syndrome de Saint Louis ?

En effet lorsque l’on demande à l’autre les raisons pour lesquelles il veut ce qu’il vous demande on se place dans une position bien bizarre.

Soit ce que l’autre vous dit vous sied et vous êtes prêt à dire oui, soit cela ne vous convient pas et vous êtes prêt à dire non. Mais la position dans laquelle vous vous placez est celle d’un « juge » à qui il faudra plaire pour obtenir son assentiment.

Mais est-ce cela que vous voulez vraiment ?

Car si la perception que vous donnez aux autres est en effet celle du « juge » vous risquez de provoquer des réponses qui sont fabriquées dans le seul but de ne pas vous permettre de dire non. On peut même s’amuser à se remémorer les « bonnes » excuses que nous inventions lorsque nous étions enfants et que nous servions au maître d’école pour justifier de notre arrivée en retard en classe ou pire de notre absence lors d’un cours entier.

Si vous ne voulez pas être perçu comme en droit de juger du bien fondé de la demande reçue, et si vous demandez quand même pourquoi, posez-vous la question de ce que vous voulez faire de la réponse ! Le bien fondé de la demande de l’autre est construit sur des éléments que vous ne maîtrisez pas et qui ne vous appartiennent pas. Alors comment allez-vous construire votre réponse ? En fonction de la pertinence de la demande ou en fonction de l’impact de votre acceptation sur vous-même ? Très souvent c’est cette deuxième option qui est choisie. Mais vous êtes vous demandé quel serait l’impact de votre refus sur vous-même à moyen ou long terme ?

Quoi qu’il en soit la question pourquoi est dangereuse, tout d’abord, comme nous l’avons vu de par le positionnement qu’elle peut vous donner, mais aussi par la validité des réponses que l’on peut obtenir. De plus l’éclairage temporel du pourquoi nous plonge dans le passé car il pousse souvent à la justification qui par essence se trouve dans la chronologie factuelle passée.

Alors que faire ?

Tout d’abord tout bon manager – et nous ne doutons pas que vous en soyez un(e) – à toujours un plan d’action nécessitant l’autre, à partir de là il s’agira d’établir un échange entre l’impact de la demande et vos besoins, même si ceux-ci sont futurs et non corrélés à ladite demande (on peut demander autre chose que du temps contre du temps ! pensons : qualité, flexibilité, probité, etc.). Car l’écueil sur lequel peut se briser cet échange est de le situer dans la même nature que la demande. Combien de fois voyons-nous des gens qui étant demandeurs (ex : pourriez vous rester une heure de plus ce soir pour m’aider à finir tel ou tel dossier) se croient à l’abri de toute réclamation ultérieure en proposant d’emblée la compensation de même nature et souvent de même poids (ex : et vous viendrez demain une heure plus tard !). C’est dans ce cas faire fi de la valeur relative de cette heure pour l’autre, car on la pèse à l’aulne de notre propre impact ou besoin. Mais que savons nous de l’importance de cette heure de ce soir pour l’autre ou il/elle avait prévu tant de choses depuis longtemps, et que savons nous du « paiement de notre dette » par cette heure allouée demain matin, alors que cela ne changera rien pour l’autre car l’école n’a pas changée ses horaires pour vous et que les trains n’ont pas changés leurs horaires ce qui fait que cette heure est perdue et ne rapporte rien à l’autre.

Il conviendra de faire, en cas de demande qui vous est adressée, une proposition d’échange en fonction de la liste des choses que vous attendez de l’autre en prenant garde de changer la nature de la chose échangée, et, dans le cas de demande que vous adressez, de poser la question sur la nature et le quantum souhaités par l’autre pour compenser l’impact de son acceptation et surtout de ne pas créer de dette par la gentillesse de l’acceptation sans échange (dans les deux cas).

Henri Jean Tolone

Henri Jean Tolone

Fondateur